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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 18:04

 

L’eucalyptus 

     Cet arbre originaire d’Australie est répandu dans la région. Il y en a partout : dans des haies, des parcelles de bois, à l’intérieur des terres, au bord de l’océan comme cette parcelle de 56 hectares…

P1140060     Dans le secteur, les eucalyptus sont de taille petite (<10 mètres) à moyenne (entre 10 et 30 mètres). C’est un arbre dont les feuilles sont odorantes et dont l’écorce a la particularité de se détacher en lambeaux.

eucalyptus     Du fait de sa croissance rapide, c’est un arbre largement utilisé lors du reboisement de zones sujettes à l’érosion par exemple. Cette propriété fait qu’il est également utilisé en sylviculture industrielle pour la fabrication de pâte à papier. Par contre, il est peu employé en menuiserie à cause de son bois qui a tendance à crevasser. Il se développe préférentiellement sur les sols acides et humides. Il est d’ailleurs planté pour assécher les sols de zones humides. Voici une parcelle sylvicole fraîchement coupée.

DSC03049     Cependant, l’implantation d’eucalyptus présente des risques d’accélération de l’acidification des sols. Aussi, la litière de feuilles d’eucalyptus est toxique pour le reste de la végétation. Ces deux éléments ajoutés à sa croissance rapide indiquent que l’eucalyptus n’est pas sans impact sur la biodiversité des zones sur lesquelles il se développe.

     Voici une vue plus générale de la parcelle d’eucalyptus.

P1140038     La pointe s’enfonçant dans l’océan s’appelle la Puntilla de Quintero. Elle est dotée d’une organisation très régulière en pâtés de maisons. Certains quadras mesurent 100*100m et d’autres, 200*100m. La toiture des maisons est généralement faite de tôles.

P1140042     A proximité, se trouve une raffinerie de pétrole alimentée par d’immenses pétroliers. En voici un qui décharge sa cargaison. Le fonctionnement de deux hélices latérales rendues visibles par les remous blancs participe, en plus des câbles de traction, à maintenir le bateau le plus près possible du quai.

P1140047     Il n’était pas nécessaire de voir la raffinerie pour se douter de sa présence, tant les émanations odorantes piquaient les yeux et la gorge. Pourtant, je suis resté à distance de la nappe de fumée qu’on distingue à la verticale des installations. Mark m’avait déconseillé de passer au-dessus, je comprends maintenant pourquoi.

P1140040     Le vent dominant est un vent marin. Donc, toute la fumée se retrouve chassée à l’intérieur des  terres causant, comme on peut se l’imaginer, des nuisances et des risques pour la santé des habitants vivant à proximité. Cette pollution impacte directement, et de manière visible, l’environnement en périphérie de la raffinerie. La photo suivante le montre :

P1140041     Le sol est parsemé de tâches claires, comme si la végétation avait été brûlée. Je n’ai pas eu l’occasion de me rendre sur place, mais Anne m’a expliqué que lorsqu’on sillonnait la route visible sur la photo, le paysage semblait stérile en certains endroits.

     D’autres lieux sont aussi en proie à une stérilité, mais pas pour la même raison…

 

L’eutrophisation

     C’est un phénomène qui touche les milieux aquatiques et qui peut conduire, à terme, à les rendre stériles. L’eutrophisation survient lorsqu’un cours d’eau ou un lac reçoit trop de nutriments assimilables par les algues qui se mettent alors à proliférer. Ces nutriments, comme le phosphore (contenu dans les phosphates) ou l’azote (contenu dans l’ammonium et les nitrates) sont en général issus de la sur-fertilisation agricole, des rejets urbains ou industriels : la raffinerie se trouve tout près de zones touchées par l’eutrophisation décrites plus loin.

humour eutrophisation     Les algues mortes se déposent alors en profondeur. Elles sont dégradées par les bactéries aérobies (consommatrices de dioxygène) qui prolifèrent à leur tour. Ainsi, comme elles consomment de plus en plus de dioxygène, la teneur de ce gaz dissout dans l’eau diminue. La consommation de dioxygène devient supérieure à sa production. Les bactéries ne peuvent donc plus dégrader la matière organique qui s’accumule sur le lit du cours d’eau ou sur le fond du lac. Avec la baisse de la concentration en dioxygène, des organismes aquatiques  (larves d’insectes, poissons) meurent ; leur décomposition, consommatrice de dioxygène, amplifie le déséquilibre.

eutrophisation AnimationAnimation issue de la page : http://beuvry.unblog.fr/tag/eau/eutrophisation/

     Les conséquences du phénomène d’eutrophisation sont multiples. Il entraîne une augmentation du volume d’algues, de phytoplanctons toxiques et d’organismes pathogènes. La qualité de l’eau est fortement impactée. De manière extrême, ce phénomène engendre une perte de la biodiversité et conduit donc à la dégradation des écosystèmes. « De manière extrême » car l’eutrophisation intègre également de manière très lente et naturelle, le processus de transformation de lacs peu profonds en marais, marécages, puis en prairies et finalement en forêts.

     J’ai pu constater la lenteur du phénomène. Ci-dessous, une zone d’eau stagnante se trouvant à cinq kilomètres de la raffinerie. La végétation s’est bien développée. Le processus décrit précédemment semble se faire de la périphérie vers le centre puisqu’il ne subsiste qu’une faible surface centrale d’eau claire.

P1140062     La comparaison de cette photo avec une image satellite datant de décembre 2004 indique que le phénomène est relativement lent. En effet, on constate simplement une faible réduction de la surface en eau, pointée par la flèche orange.

eutrophisation google earth-copie-1     En six ans, seuls quelques végétaux se sont développés au centre de la zone. On peut aussi remarquer l’impressionnante croissance de la forêt d’eucalyptus qui  n’existait pas en 2004 (flèche verte).

P1140086     L’eutrophisation touche principalement les eaux dormantes ou les cours d’eau ayant un faible débit comme c’est le cas pour la photo ci-dessus.

     Ce sont des lentilles d’eau qui confèrent à cette surface une couleur vert-fluo. Les eaux usées d'habitations sont directement déversées dans ce cours d’eau. On peut donc penser que l’apport excessif de matière organique et de phosphate contenu dans les lessives peuvent être à l’origine de  cette eutrophisation. Pour lutter contre ce phénomène, il existe plusieurs moyens :

·         diminuer et raisonner les doses de fertilisants apportées aux cultures

·         continuer à développer l’implantation de haies en cohérence avec le relief des sols afin de retenir les eaux pluviales et éviter ainsi, si elles sont chargées en éléments « eutrophisants», qu’elles ne se déversent dans les milieux aquatiques.

·         remplacer les phosphates des lessives par des substituants non eutrophisants.

·         doter les maisons de systèmes individuels ou collectifs de traitement des eaux usées.

 


 



Conclusion

     L’étape de Santa Adela a été riche en rencontres même si je n’y suis resté que quelques jours. Malgré le peu de temps pour lier des relations, les personnes que j’ai pu rencontrer sont à l’image de leur territoire : chaleureuses.

     Elles vivent dans un environnement où des activités variées s’y concentrent : petits et grands élevages d’équidés, de bovins ; exploitation de bois ; raffineries ; industries du cuivre, chimiques ; activités de tourisme, de loisirs ; en ville ou en campagne. Vu du ciel, ce dynamisme se traduit par un territoire à l’apparence hétérogène où les activités humaines semblent cohabiter dans un espace restreint.

     La densité des activités, bien que favorable au dynamisme économique de la région, n’est pas sans effet sur son environnement, en atteste le phénomène d’eutrophisation visible dans de nombreux écosystèmes aquatiques.

 

A bientôt !

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 16:50

Des chevaux et du rodéo

     En arrivant dans la région, je savais qu’il y avait du rodéo, mais je n’imaginais pas que ce sport était à ce point répandu. Il y a des élevages partout ! Et pour cause, il s’agit d’un sport national. Le rodéo chilien est le deuxième sport le plus populaire après le football ! C’est principalement dans la région centrale du Chili qu’il est pratiqué. Chaque année au mois d’avril, se tient à Rancagua le « Champion de Chile », le plus important tournoi de la discipline. Le rodéo chilien est bien différent de l’image véhiculée par celui pratiqué aux Etats-Unis. Il s’agit plus d’un sport d’habileté avec son cheval que de force. Une « carrera » de rodéo (course) se déroule de la manière suivante : deux cavaliers en tenues traditionnelles (huasos) avec leurs chevaux, exclusivement de race chilienne (caballos Chilenos), doivent poursuivre un taureau dans une arène appelée « medialuna ».

DSC03015

     Une fois arrivés dans une zone appelée « atajada », les deux cavaliers doivent bloquer le taureau selon une série d’exigences techniques. Lors du blocage, les points acquis varient selon la partie du corps du taureau compressée par le poitrail du cheval.

Voici la vidéo d’une carrera :

 

     J’ai pu rencontrer deux éleveurs de chevaux de rodéo qui ont des élevages de taille et de conduite  différentes.

DSC03205     Le premier est Luis Aguire. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce jeune homme de 77 ans n’a pas perdu de sa fougue d’antan. Il a même réussi à la transmettre à ses petits-enfants.

DSC03201     Il possède trois chevaux chiliens qu’il élève sur deux hectares et dresse avec le plus grand soin. DSC03192     Le dressage des chevaux commence à l’âge de 3 ou 4 ans et dure un peu plus d’une année. Ensuite, quand le cheval est prêt, il est vendu à d’autres propriétaires. Luis me montre son savoir-faire avec fierté en faisant galoper son cheval dans la medialuna. C’est très impressionnant, surtout lorsqu’il fait des passages où le cheval galope perpendiculairement à la palissade.

DSC03209     Alors quand Luis me propose d’essayer, c’est non sans enthousiasme que je monte sur le cheval.

DSC03216     Il est nerveux, mais j’aime bien…

DSC03213      Le cheval n’a pas l’air du même avis ^^.

 

     Le deuxième propriétaire que j’ai rencontré s‘appelle Maximiliano Bozzo. A l’aide de quatre salariés, il élève une centaine de chevaux Chilenos pour la viande et pour le rodéo.

DSC03045     Chaque année, il en exporte entre 4 et 6 au Brésil. Maximiliano possède plusieurs reproducteurs dont un étalon de 20 ans, d’excellent pedigree, qu’il utilise en monte naturelle à hauteur de 20% des inséminations. Le reste se fait par insémination artificielle. Cette technique de fécondation est la plus utilisée car, en plus d’une mise en œuvre facile, elle présente moins de risques sanitaires et offre un choix plus large de reproducteurs.

     Maximiliano vend les reproducteurs entre 2 et 5 millions de pesos soit entre 3 200 et 8 000 euros. Les chevaux pour le rodéo sont vendus à un prix moyen de 3 millions de pesos, soit 4 700€, débourrage et dressage compris.

     Pour nourrir son troupeau équin, Maximiliano exploite 15 hectares de luzerne, 100 hectares de prairie et un peu d’avoine. Voici un aperçu de ses terres.

P1140017     La parcelle apparaissant de trois couleurs différentes est une prairie dont les deux bandes de droite viennent d’être fauchées. Leur différence de couleur indique que la fauche de la bande de droite est antérieure à celle du milieu. On constate une fois de plus la présence de haies autour de la parcelle et d’arbres solitaires en son centre. Le cercle en haut à droite est la medialuna qui sert au dressage des chevaux de rodéo. J’ai rencontré le propriétaire alors qu’il ramassait les bottes de foin avec un pick-up.

DSC03003     Maximiliano (en rouge) vend également du fourrage à d’autres éleveurs de chevaux. J’ai pu l’accompagner dans sa tournée.

DSC03005     Maximiliano travaille étroitement avec son père, Umberto Bozzo-Dumont qui possède un troupeau de 60 bovins de race Clavela Chilena et Holandesa (Prim’Holstein).  

DSC03038     Les taureaux serviront au rodéo puis à la boucherie. Les femelles sont des vaches allaitantes, c'est-à-dire que le veau tète et qu’elles ne sont pas traites par l’agriculteur.

DSC03042-copie-1     C’est étonnant de constater la présence de Prim’ Holstein pour un débouché orienté vers la viande, sachant que cette race est réputée pour sa forte production laitière. DSC03267      J’ai eu la chance de recevoir de la part d’Umberto une certification de pedigree d’un des étalons reproducteurs de son fils.

P1140015     Voici, vue sous un autre angle, la prairie montrée  précédemment. En haut à droite, et entourée de haies, se trouve la pâture du troupeau bovin d’Umberto. Les bâtiments adjacents à cette rangée d’arbres sont l’exploitation et la maison de Maximiliano ; les autres plus petits sont ceux de son père.

 

Un autre élevage bovin

P1140080     A proximité de la dune au premier plan, se trouve une partie des terres de Raviel Baque. Il est propriétaire d’une exploitation de 250 hectares, principalement de prairies. Cette Surface Agricole Utile (SAU) est importante puisqu’elle est près de dix fois supérieure à la moyenne du secteur. Voici une autre parcelle appartenant à ce propriétaire.

P1140003     Ces terres sont pâturées par un troupeau de 700 vaches de race Clavela Chilena dont voici un petit aperçu.

DSC03143     Ici, les vaches sont utilisées exclusivement pour la production bouchère.

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     Ernesto Reterna, Juan Bonse et Raul Verdera sont trois des employés de l’exploitation. Ils sont en train d’ouvrir des canaux d’irrigation à l’intérieur de la pâture, d’une part pour apporter l’eau nécessaire à la croissance de l’herbe et d’autre part pour abreuver les animaux. On remarque aussi la dune en arrière-plan.

DSC03152     Raviel Baque exploite également 4 hectares qu’il sème en fleurs pour la production de graines. Il s’agit de la parcelle marron apparaissant sur la première photo du chapitre (au centre, on y voit le tracteur). Ici, à l’aide d’un semoir à engrais monté sur une herse, l’ouvrier Jose Fuente apporte du nitrate d'ammonium. C’est un fertilisant qui précède le semis.

DSC03164     En fond, on remarque la végétation d’arrière-dune. En plus de sapins, il y a beaucoup d’eucalyptus (article suivant).

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 16:11

¡Hola hola!

 

Carte     Je suis à Santa Adela, un lieu-dit à proximité de la ville de Viña del Mar. Il s’agit du commencement de la région centrale du Chili. En France, lors de la préparation du projet, j’avais pris contact avec Mark Dannau, un parapentiste originaire de Belgique qui connait bien le Chili puisqu’il y est établi depuis 9 ans. Les conseils de Mark m’ont été d’une grande aide pour les préparatifs d’Aéro-Chili. Il y a deux mois, nous nous sommes retrouvés par hasard à Iquique, dans le nord du pays. Cette rencontre était originale car, comme nous ne nous étions jamais vus tous les deux, il nous a fallu un peu de temps pour faire le rapprochement. Anne et Mark m’ont proposé de m’accueillir chez eux. C’est une invitation que j’ai beaucoup appréciée car parlant français, les discussions du soir m’ont permis d’approfondir mes connaissances sur le pays. Je tiens d’autant plus à les remercier qu’ils m’ont accueilli dans une période durant laquelle leur emploi du temps était chargé. Etant gérants de l’agence de voyage Korke qui organise des circuits au Chili, Anne et Mark avaient beaucoup de travail et un de leurs enfants était en pleine période de révision du bac. Merci à eux !

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Une organisation du territoire hétérogène

     Il est 9 heures. Après un kilomètre de marche dans une forêt d’eucalyptus, j’arrive à un terrain de décollage paradisiaque…comme ceux du Saintois : de l’herbe et du vent. Je m’envole au-dessus de paysages qui ne me donnent pas envie de retrouver le plancher des vaches. Mais la vitesse du vent augmente soudainement et même avec une configuration de la voile de parapente très rapide, j’avance difficilement. Je suis obligé d’atterrir sur une dune de sable, à trois kilomètres de la maison. J’y reviens en stop.

P1140026     Le secteur survolé est très intéressant vu du ciel. On pourrait rester longtemps devant cette photo à en analyser la composition.  Il y a tellement de choses à regarder que chaque élément qui la constitue vaut le détour : les montagnes de la Cordillère de la Côte, une plaine très diversifiée avec des bosquets d’eucalyptus, des prairies, des cultures et des habitations éparses. Ce paysage est traversé par des rivières permettant de remplir des réservoirs d’eau (à gauche). On remarque aussi la présence de nombreuses haies qui confèrent au paysage cet effet « désordonné ». Elles segmentent le territoire en matérialisant les axes de communication et en délimitant les parcelles agricoles.

 

Le rôle des haies

     Les haies du secteur survolé constituent un intérêt paysager et écologique majeur d’autant plus qu’elles sont polyspécifiques. Elles sont en effet constituées de plusieurs espèces d’arbres et de buissons, même si leurs essences sont dominées par l’eucalyptus.

P1140025     En plus de délimiter les parcelles, les haies fournissent du bois pour les petits travaux, le chauffage et les piquets de parcs. Grâce à leur fonction de brise-vent, elles protègent les cultures de la brise marine parfois très forte dans le secteur.

     Elles servent également d’abris pour le bétail en lui faisant de l’ombre et en augmentant la sensation de fraîcheur grâce à l’évapotranspiration des végétaux. Elles constituent surtout un refuge pour de nombreuses espèces.

     La haie a une fonction de protection des sols en limitant l’érosion d’origine éolienne ou hydrique. En effet, l’infiltration de l’eau le long de ses racines s’oppose au ruissellement, et donc, à la perte de sol. Même si en plaine ou le long de la côte le relief n’est pas très marqué, la texture sableuse du sol le rend fragile face aux risques d’érosion. En atteste cette photo prise dans une parcelle de luzerne et de moutarde à Santa Adela :

DSC03033     Les haies ont un potentiel écologique élevé. Elles constituent une réserve pour la biodiversité en offrant un habitat pour de nombreuses espèces, mais surtout en formant des corridors écologiques. Ceux-ci permettent aux espèces de se déplacer entre différents sites utilisés pour l’accomplissement des cycles biologiques. Il faut se les représenter comme des voix de communication pour la faune, mais aussi pour la flore ! … Car les animaux permettent le transport des graines et des pollens.

     Dans une moindre mesure, mais c‘est quand même le cas dans le secteur survolé, les haies servent de protection visuelle pour des propriétés privées par exemple.

P1140007      Au premier plan, le réseau de haies permet de relier « l’écosystème dune » du rivage (visible sur la troisième photo ci-dessous) à ceux de l’intérieur des terres. La  grande ville à l’arrière plan, près de la ligne d’horizon, s’appelle Valparaiso. Elle abrite 300 000 habitants et s’étale sur 42 petites collines ! Au plan médian se trouve un ensemble de bâtiments blancs. Il s’agit d’une usine BASF produisant des ammonitrates pour la fertilisation agricole. A sa droite se situe la ville de Concón.

P1140020     Située au bord de l’océan, cette ville a tout pour plaire. Elle est construite sur une dune dont la superficie ne cesse de diminuer à cause des constructions résidentielles. En effet, depuis cinq ans, l’édification d’habitations dotées d’une vue imprenable comme les immeubles blancs a complètement défiguré le paysage. Il n’est donc pas rare de constater, en certains lieux urbains qui ont recouvert l’ancienne dune, d’importants affaissements de terrain laissant apparaître le sol originel : du sable.

DSC03276

 

Les dunes

     Le sable…c’est aussi lui qui a façonné ce paysage dunaire aussi beau qu’inattendu.

P1140022     Les dunes, situées à proximité de la commune de Quintero, s’étendent sur six kilomètres. Ce cordon dunaire est qualifié d’ « avant-dunes ». Il est parallèle à la côte et juxtapose la plage avec laquelle il s’approvisionne en sable. A son maximum, ce relief de sable s’enfonce de deux kilomètres dans les terres. Il donne d’ailleurs l’impression de grignoter les surfaces enherbées situées en sa frontière. C’est sur ces dunes que j’ai atterri. En les cheminant et avec une brise marine soutenue, j’ai pu effectivement constater que le vent déplace la dune en déposant du sable à l’arrière de celle-ci. La limite entre le sable et l’herbe est nette ; ce qui signifie que la dune avance et peut, à terme, représenter un danger d’ensablement pour les propriétés et habitations environnantes. A contrario, avec une altitude d’une trentaine de mètres, elle permet de protéger ces zones face au vent.

DSC03128     La dune constitue également un habitat pour une faune et une flore bien particulière.

P1140076     On trouve notamment des espèces végétales spécifiques qui participent à stabiliser la dune. La flore dunaire doit faire face à plusieurs contraintes comme la mobilité du sable, la pauvreté en éléments nutritifs, la relative salinité de l’eau et l’intensité du vent. Elle a donc développé des adaptations physiologiques lui permettant de coloniser ce milieu si particulier :

·         un système racinaire bien développé et profond pour puiser l’eau et résister au vent.

·         une réduction de la surface des feuilles : moins d’évapotranspiration et de prise au vent.

·         une cuticule épaisse. Cette fine couche de cutines et de cires recouvre la surface des feuilles et limite l’évapotranspiration.

     On trouve donc des plantes dites psammophiles, qui sont des végétaux capables de vivre dans les terrains sableux ; des plantes halophiles, adaptées aux conditions salines du milieu et des plantes xérophiles qui sont adaptées aux sols peu pourvus en eau. Sur la dune de Quintero, on trouve par exemple le Gaillet des sables (Galium arenarium) et l’Orpin brûlant (Sedum acre - deuxième photo).

Gaillet des sables (Galium arenarium) Orpin brûlant (Sedum acre)

 

P1140069     La photo a été prise à partir de l’extrémité Nord de la dune en direction du Sud. Il s’agit d’une zone relativement bien végétalisée contrairement au secteur central de la dune. La densité floristique se retrouve surtout au niveau de l’avant-dune comme le précise la photo suivante.

P1140074     L’orientation des sillons contre la plage indique la direction du vent dominant. La ligne droite coupant l’image parallèlement au rivage est en fait une ligne de chemin de fer. Elle permet d’acheminer quotidiennement des plaques de cuivre venues des mines environnantes vers des unités de transformation du métal, avant d’être exportées par bateau.

DSC03247     L’avenir de cette dune dépendra donc de l’interaction entre la croissance et le taux de couverture des plantes, la vitesse du vent et les mouvements du sable.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 22:41

Trois types d’exploitation agricole

             A) Cas d’une petite exploitation familiale

P1120465     Sur la photo, il y a deux exploitations. La plus importante des deux (rectangle central) est la propriété d’un père et de son fils : Juan et Rodrigo Cortes, 72 et 29 ans.

DSC02732     Sur un hectare et demi, ils cultivent  principalement 110 avocatiers (rangées d’arbres en diagonales), de la luzerne (rectangle vert), du blé (en jaune). Les autres terres sont destinées à un peu de maraîchage. Ils élèvent aussi une trentaine de moutons, autant de chèvres ainsi que sept cochons.

DSC02728.JPG     Leurs conditions de vie sont difficiles. Il n’y a aucune mécanisation. 

DSC02811     Exemple de préparation d’un sol à l’aide de la traction animale. Il s’agit d’une autre exploitation que celle de Juan et Rodrigo. La pénibilité du travail semble tout aussi pesante.

     Dans la province du Limarí, les petites productions familiales ont une taille de l’ordre de la dizaine d’hectares. Elles ne suffisent généralement pas à faire vivre une famille. C’est pourquoi les membres en âge de travailler ont souvent une activité complémentaire : emploi sur les grandes propriétés voisines, participation à la petite extraction minière locale, transformation artisanale ou diversification. Par exemple, certains petits éleveurs se diversifient en vendant directement le lait en ville, aux portes des maisons.

DSC02949.JPG 

     Lorsque j’ai demandé à  Rodrigo quelle était pour lui la principale difficulté, il m’a dit qu’il n’avait plus de travail en ville pour compléter son revenu.

     Bien que les petites exploitations transcendent avec les grosses, elles entretiennent des rapports étroits de part le travail temporaire au sein de ces dernières. 

       

           B) Cas d’une grande exploitation capitalisée

     C’est cette agriculture qui donne au Limarí son image agricole et ses paysages spectaculaires : l’homogénéité des espaces plantés régulièrement contraste avec l’aridité environnante.

P1120224     J’ai pu visiter cette grosse exploitation : Rio Blanco. C’est une  société exportatrice, la plus grande du Chili. Elle est présente dans toutes les régions agricoles du pays. Récemment, elle s’est installée au Mexique et vise aussi le Pérou. Elle a une double activité : la production de fruits et d’avocats et leur exportation.

Avec pas moins de 200 salariés, elle exploite deux sites : un de 250 hectares…

P1120278…et un autre de 186 hectares recouvert principalement de vigne.

P1120396     Le même site vu sous un autre angle :

P1120370
     Si dessous, on remarque l’immense bassin de rétention (comparé au hangar se situant à sa gauche) alimenté par le canal Recoleta. Un autre bassin se trouve dans la partie basse de la pente. Il domine un autre canal plus petit (matérialisé par les arbres au pied de la bute). Les trois zones rectangulaires blanches en haut à droite de la parcelle brune sont probablement les marques laissées par des tas de chaux (Cf. Un concentré de diversité - partie 2).

P1120398 

Sur le premier site, elle cultive :

·         90 ha d’avocatiers ; récolte en août - septembre

·         80 ha d’orangers / mandariniers ; récolte en juin - juillet

·         50 ha de grenadiers ; récolte en mai

 

Elle dispose d’un réseau d’irrigation très performant : bassins de réserve et système de goutte à goutte.

P1120285     Rio Blanco nécessite trois actions d’eau pour irriguer un hectare ! Selon la période, une action représente un volume compris entre 1 200 et 3 500 m3.

     Les lignes blanches sont de hauts filets de protection en nylon qui sont utilisés comme coupe-vent. Ils permettent de réduire l’action du vent et donc, l’évapotranspiration des plantes.

DSC02919     Juan Mejias est le responsable du site. Il m’a expliqué que toute la production était vendue avant la récolte. Rio Blanco exporte d’abord en Amérique du Nord, dans l’Union Européenne, puis en Chine. Le prix de vente varie selon la demande, mais s’établit en général à 1$ / kg d’avocats et à 0,40$ / kg d’oranges. La société commercialise aussi la récolte de voisins producteurs, plus petits et moins qualifiés dans cette partie de la filière.

On devine que la spéculation tient une place importante dans les activités de Rio Blanco. Voici un aperçu des bureaux de l’entreprise.

DSC02946 

     Elle dispose d’un hangar de stockage dont le volume laisse imaginer l’importance de la production. Au fond à gauche, ce sont les caisses pour entreposer la récolte. A droite se trouvent des produits phytosanitaires appliqués avec les deux pulvérisateurs jaunes de gauche.

DSC02928.JPGL’entreprise dispose aussi d’un réfectoire…

DSC02939 …et d’un espace « bien-être » qui font davantage penser aux locaux d’une entreprise du secteur secondaire ou de service qu’à ceux d’une exploitation agricole.

DSC02940.JPG 

     L’état chilien a joué un rôle important dans la réussite d’entreprises telle que Rio Blanco. En appliquant un paquet technologique d’hygiène et sécurité, en s’engageant dans des méthodes culturales respectueuses de l’environnement, ces exploitations se sont adaptées à la demande des consommateurs étrangers, exigeant des produits de qualité. Etant sources de dynamisme économique, l’état a largement soutenu les entreprises de production et d’exportation de produits agricoles.

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     Rio Blanco se distingue des autres exploitations par l’échelle de ses activités, par le niveau de technologie pratiqué et par sa capacité d’investissement. Ce sont des entreprises de ce type qui, au sens littéral, ouvrent de nouveaux espaces à l’agriculture en les défrichant et en y amenant l’eau nécessaire.

 

           C) Une production d’olive à grande échelle

     Agronoble est une grande entreprise productrice d’olives qui commercialise de l’huile. Ses capitaux sont essentiellement espagnols. Une fois de plus, la présence de cette entreprise au Chili témoigne des conditions idéales qui règnent dans la province du Limarí. La société s’est implantée en 1999 dans le cadre d’un plan d’expansion.

P1120346

     Sa croissance en Espagne a été freinée par le coût élevé de la terre. Elle a donc exploré des possibilités en Uruguay, en Argentine, aux Etats-Unis et au Chili. Les deux premiers pays furent écartés à cause de leur situation sociale, économique et politique. Aux Etats-Unis, elle trouva de la terre mais le prix de la main d’œuvre était trop élevé. Finalement, elle décida de s’installer au Chili, à proximité d’Ovalle où les conditions étaient réunies pour le développement de ses activités : climat favorable, faible prix de la terre (235€ / ha à l’époque) et beaucoup de main d’œuvre à faible niveau de salaire. Car l’olive est une culture nécessitant d’importants moyens humains : 150 saisonniers et 30 salariés maintenus toute l’année travaillent pour Agronoble. Elle profita aussi, comme expliqué dans la partie précédente, des programmes d’encouragement à l’investissement développé par l’état chilien.

P1120349     Ces oliviers ont été plantés en 2000. Ils occupent une surface de 600 hectares (Cf. numéro 5 sur le schéma du Système Paloma) sur les 21 370 hectares que compte la société !!! Cela permet de faire fonctionner rentablement l’usine d’extraction d’huile.

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     L’entreprise est en croissance. Elle vient de planter 100 hectares de jeunes oliviers (au premier plan) :

DSC02704.JPG 

     Pour l’olivier, il faut en moyenne une action d’eau pour irriguer un hectare. La société a acheté l’action d’eau entre 2 et 2,5 millions de pesos (entre 3 000 et 3 800 d’euros). Elle dispose de 150 actions d’eau dans le lac Recoleta et de 3 forages.

P1120341     L’irrigation se fait grâce au canal Recoleta, doublé en certains endroits.

     Le succès d’Agronoble peut donc s’expliquer par une double valeur ajoutée. La production n’est pas seulement l’olive, mais surtout l’huile, un produit transformé. C’est une différence importante entre cette société et les autres ayant des ressources financières comparables.

 

     Avec un vent qui a vite forci, les turbulences commençaient à se faire sentir. J’ai dû me résoudre à atterrir dans un endroit plutôt original :

P1120483     L’avantage, c’est que j’avais de la place pour atterrir ^^. Le second avantage, c’est que j’ai pu voir un avion pulvérisateur de produits phytosanitaires. Il appartient à une entreprise spécialisée dans ce domaine.

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Conclusion :

     Le Chili est présent sur le marché agro-alimentaire mondial où il jouit d’une bonne réputation. Il exporte en effet des denrées agricoles correspondant aux attentes des consommateurs étrangers, à des périodes idéales. La province du Limarí constitue un symbole de cette agriculture grâce à des conditions d’exploitation très favorables : climat, situation, coût de la main d’œuvre. Le succès de cette région est aussi permis par l’ingénieux système d’approvisionnement en eau de La Paloma qui résiste tant bien que mal à la sécheresse persistante.

     En terme de surface, on rencontre des exploitations gigantesques où l’agriculture y est très artificialisée même s’il existe une agriculture traditionnelle, petite et moyenne, qui parvient à tirer son épingle du jeu. A contrario, de très petites exploitations non irriguées rencontrent des difficultés.

     La réussite de la région soulève un autre problème : le prix de la terre s’envole, la  réservant ainsi aux grosses entreprises possédant d’importants capitaux.

     Le Limarí est donc un espace de contrastes : des espaces irrigués et non irrigués, une agriculture moderne et une agriculture traditionnelle.

 

A bientôt !


 


Quelques textures observées pendant le vol :

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 17:39

Une production agricole variée

P1120450     C’est la première fois depuis que je suis au Chili que je vois autant d’agriculture. Les espaces cultivés représentent 90% de la superficie de la province ! La production agricole y est diversifiée.

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     La viticulture s’est développée grâce au climat exceptionnel et aux terres qui chauffent facilement. Le raisin trouve ici deux débouchés : l’exportation en fruits de bouche/jus et le Pisco. Le Pisco est au Chili ce que la Mirabelle est à la Lorraine. Cette eau de vie de raisin est très appréciée. Elle titre à 40° et se boit généralement mélangée à du jus de fruits, en particulier à du citron. Les variétés utilisées pour la production du Pisco sont : Italia, Rosada Pastilla, Alejawdria, Torontel, Moscatel. Les exportations en fruit de bouche ou en jus se font d’abord vers les USA puis vers l’Europe. On trouve la variété Black, Flame, Thomson Seedless, Rivier, Red Globe.

DSC02763     Raul Avaros est viticulteur sur une petite exploitation de 1 500 pieds de Moscatel et Rosada d’1,2 ha. Sa vigne, âgée de 40 ans, ne produit que 30 tonnes de raisin. Il a pour projet d’en planter une nouvelle, plus productive pour espérer atteindre 80 tonnes ! Il emploie temporairement quatre salariés pour l’entretien, la récolte et les travaux d’irrigation.

DSC02764     L’apport en eau se fait par gravité : il faut ouvrir et boucher successivement les rigoles avec une pelle. Pour ce faire, il a acheté 10 actions d’eau. Une telle action représente un volume de 2 200 m3 qu’il a payé à un prix variant de 3 à 5 millions de pesos (4 500 à 7 600 euros). Ce qui revient à dépenser entre 2 et 3,5 euros par m3 ! Selon le propriétaire, le prix de l’eau en saison sèche est difficile à supporter. Un autre problème qu’il a évoqué est l’apparition de résistances des agents pathogènes aux produits phytosanitaires. Ceci l’oblige entre autres choses, à changer régulièrement la matière active des produits.

 

P1120219     Voici une autre propriété fructicole produisant du jus de raisin à Algarrobo (commune d’Ovalle), à proximité du barrage de Recoleta. (Cf. numéro 3 sur le schéma du Système Paloma). En haut à droite se trouve l’usine de pressage et la maison du propriétaire. Au centre, on aperçoit un bassin de réserve d’eau pour sécuriser l’irrigation. Cette eau provient du canal « Alimentador Recoleta » qui relie le barrage de Recoleta à celui de La Paloma. En bas de la photo, se trouve le lit asséché du Rio Hurtado qui, en amont, alimente le barrage.

 

P1120194     Vue d’une autre organisation de parcelles de vigne. On repère 4 axes différents régissant l’alignement des ceps de vigne. Cette disposition optimise l’irrigation en l’adaptant aux modifications de l’orientation et du dénivelé du relief.

 

La plupart des exploitations agricoles de la région clôture et identifie chacune de ses parcelles.

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     Concernant le maraîchage, la culture d’avocats est très importante (développée dans la partie suivante). Il y a aussi beaucoup de cultures sous serres. Claudio Raules et son frère sont producteurs de tomates et de haricots verts.

DSC02801     Ils irriguent aussi par gravité. Cependant, ils n’utilisent pas l’eau du Système Paloma, mais ont préféré forer un puits de six mètres qu’ils recreusent régulièrement pour pallier la baisse constante du niveau d’eau.

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     On trouve aussi de l’Ají. Sous ces serres, ce ne sont pas moins de 4 000 plants de ce piment qui sont cultivés avec un réseau de rigoles perpendiculaires à la pente pour éviter la perte de terre.

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     Voici une production de concombres (pepinos) à grande échelle. Il y a douze serres irriguées avec un dispositif de goutte à goutte.

DSC02817     Ce système est plus économique en eau mais demande un investissement supérieur à celui de l’irrigation par gravité.

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Les enfants de l’exploitant, fiers de leur tracteur.

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La région d’Ovalle est aussi exportatrice de salades, de myrtilles et de fleurs.

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     On trouve en moindre mesure, dans des zones non couvertes par le Système Paloma, quelques parcelles de céréales comme le blé. Mais cette culture a tendance à disparaitre au profit de productions plus rentables.

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     Cette parcelle en pente se situe juste au dessus du canal « Alimentador Recoleta ». L’agriculteur m’a expliqué qu’il n’avait pas assez de moyens pour investir dans un dispositif de pompage lui permettant d’irriguer et donc, d’y implanter une culture plus rémunératrice.

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     Concernant les arbres fruitiers, on trouve des orangers, mandariniers, pêchers et figuiers. Ces derniers permettent deux récoltes par an de deux fruits d’apparence différente appelés « Higo » et « Breva ». On trouve aussi un fruit typique de la zone : le Nuspero.

DSC02770     C’est un fruit jaune et très sucré que j’ai eu la chance de déguster chez Ernesto Araya, arboriculteur à Huatulame, à proximité du lac Cogotí.

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     La production d’Ernesto et d’autres petits maraîchers est achetée par des grossistes locaux comme Roberto Zepada qui s’est spécialisé dans la tomate (caisses de 20 kg) et dans le concombre (caisses de 30 kg). Il les négocie ensuite sur une plate-forme d’exportation à Ovalle.

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La province du Limarí possède aussi des petits élevages bovins, ovins et caprins.

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DSC02692     Les éleveurs ont besoin de vastes superficies pour faire pâturer dans un milieu naturellement peu productif. Les zones les plus favorables se trouvent en fond de vallée. Sur la photo ci-dessous, le canal « Derivado Recoleta » permet d’irriguer les pâtures en contrebas. (Cf. numéro 4 sur le schéma du Système Paloma)

photo avec flèche     Dans la parcelle se situant sous la zone centrale brune, on remarque une forme claire à l’intérieur d’une zone verte plus foncée. Il s’agit d’une prairie pâturée où l’éleveur a opté pour un « pâturage rationné », aussi appelé « pâturage au fil ». Il est très économique car, en avançant progressivement tous les jours un fil dans l’herbe fraîche, les pertes par piétinement n’existent pas. Pour bien comprendre, il faut se représenter la célèbre image de la vache : « la barre de coupe à l’avant et l’épandeur à fumier à l’arrière ».

 

Comme les éleveurs ne sont pas toujours propriétaires, ils adoptent plusieurs solutions :

·         la location des pâtures auprès des grands propriétaires qui ne les exploitent plus

·         la production de fourrage complémentaire (foin, luzerne)

 

Le fromage de chèvre est beaucoup consommé ici.

DSC02849Une partie de la clôture est faite en cactus.

 

      L’apiculture est bien développée dans la région. Les abeilles présentent deux intérêts : la production de miel et la pollinisation des grands vergers. Selon Rinaldo Castillo, apiculteur, cette dernière activité est la plus rentable.

DSC02913.JPG      Pour effectuer la pollinisation d’une parcelle d’avocatiers, il dispose régulièrement des ruches le long des allées et les laisse deux mois. A l’issue de cette période, le nombre d’abeilles aura doublé…voilà pourquoi, en plus du prix de la prestation, les apiculteurs préfèrent la pollinisation à la seule production de miel.

DSC02985     Delia, la compagne de l’apiculteur est en train de couper un rameau sur lequel se trouve un essaim d’abeilles pour le mettre en ruche.

     Autrefois, Rinaldo produisait du miel à raison de 20 kg / ruche. Depuis 15 ans, il a constaté une mortalité croissante des abeilles qu’il ne sait pas à quoi attribuer : pesticides ? Maladies ? Toujours est-il que pour éviter l’augmentation du taux de mortalité et continuer la production de miel, il nourrissait les abeilles avec du fructose liquide pour éviter qu’elles n’aillent butiner ailleurs.

 

Les mines ne sont jamais très loin

 

     La région est parsemée de petites mines familiales de cuivre (pequeña minería). La cohabitation entre activités minières et agricoles caractérise la région du Limarí depuis plusieurs siècles.

 

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Il y a aussi quelques mines de taille moyenne comme celle de cuivre d’Ovalle.

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     Le graphe représentant le  PIB par secteur d’activité montre qu’avec une importance de 21%, les mines sont un secteur économiquement important. Le plus impressionnant est de voir ces activités minières côtoyer les activités agricoles…souvent de très près. Ceci laisse à penser que le risque de transfert de polluants dans les fruits/légumes ne doit pas être négligeable.

P1120357

     Au Chili, l’étude des conséquences de la cohabitation entre la mine et l’agriculture est relativement récente. Les risques de pollution des cours d’eau superficiels et des nappes souterraines ont jusqu’à présent peu fait l’objet de recherches scientifiques.

 

La suite et fin de l'article arrive bientôt...

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 16:01

Bonjour à toutes et à tous !

 

     Je suis dans la vallée du Limarí, une zone agricole à 70 km au Sud-est du précédent village de Tongoy. J’ai pu voler et rencontrer des producteurs locaux.

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     Ceci a été possible grâce à la gentillesse de Nelly et David Bitran (le pilote de Tongoy) qui m’ont proposé de me conduire dans la vallée et de m’en montrer les lieux remarquables. Encore merci à toute la famille et à Delia Muñoz qui en plus de m’avoir longuement partagé sa vision de l’histoire chilienne, m’a hébergé quatre jours dans le village de  Barranca.

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La Province du Limarí

     Cette vallée appartient à la région IV. Elle abrite le plus vaste espace agricole de l’ensemble du « Norte Chico ». Ce « Petit Nord » constitue une région de transition entre l’aridité du Nord et la douceur du centre du Chili.

P1120267

     Depuis la fin des années 1920, la construction d’ouvrages de stockage d’eau a permis le développement de l’agriculture. Sur les 13 553 km² que couvre la province du Limarí, on rencontre une agriculture moderne, capitalisée permettant d’importants volumes de production (à gauche et à droite de la photo) et une petite agriculture, moins intensive (au centre).

P1120223     Le quadrillage de la zone centrale permet la distribution de l’eau en rigoles, il délimite des « champs » dont plusieurs peuvent appartenir au même propriétaire. On distingue également des bosquets d’arbres. Ce sont des eucalyptus dont le bois sert à faire des piquets pour les vignes. Les zones sèches de broussailles sont broutées par des moutons ou des chèvres.


PIB.jpgD’après H. Reyes *

     Dans la province, le secteur minier reste le secteur économique le plus important. En vol, j’ai pu observer de nombreuses mines de taille moyenne à petite qui parsemaient le paysage. Avec une contribution à hauteur de 10% dans le Produit Intérieur Brut (PIB) de la province, l’agriculture est le 6° secteur économique régional. Mais, c’est principalement ce secteur qui génère le dynamisme d’autres domaines d’activités comme par exemple les activités de BTP, de transport, les activités bancaires et surtout, l’industrie de transformation.

     L’agriculture est le secteur économique qui emploie le plus de main d’œuvre dans la région avec plus d’un quart des postes de travail.

     Le Limarí se caractérise aussi par l’importance de sa ruralité. La proportion que représente la population rurale (38 %) la situe en onzième place sur les 51 provinces du Chili. Ovalle est la grande ville de la région : 100 000 personnes y habitent.  

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     Le rural y côtoie l’urbain, en atteste la présence de cette propriété agricole à l’intérieur des limites cadastrales d’Ovalle.

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      La province du Limarí est dominée par un climat méditerranéen semi-aride. Il  résulte de l’interaction de trois facteurs : les hautes pressions de l’anticyclone du Pacifique sud-oriental, la présence du courant froid de Humboldt dans l’océan Pacifique et le relief longitudinal de la Cordillère de la Côte et de la Cordillère des Andes qui rendent difficiles le déplacement des masses d’air.

     Concernant les précipitations, elles sont très irrégulières et le déficit hydrique est quasi-permanent. Les précipitations moyennes annuelles de la province varient entre 100 et 200 mm, provoquant des épisodes de sécheresse. Un responsable d’un barrage m’a expliqué que depuis 10 ans, le niveau d’eau que permet de retenir l’infrastructure ne cesse de diminuer.

DSC02443     C’est la fonte des neiges tombant sur la Cordillère des Andes qui constitue la principale réserve d’eau pour l’irrigation et la consommation humaine. La fonte des neiges se produit pendant le printemps (octobre à décembre). Elle est fondamentale pour l’agriculture irriguée car elle permet de décaler les effets des précipitations, ce qui permet d’avoir de l’eau disponible pour l’irrigation jusqu'au moment où la demande hydrique des cultures est la plus élevée. Les températures sont idéales pour la production maraîchère. La moyenne annuelle est de 17°C. Concernant le relief, le territoire du Limarí présente des surfaces planes…

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… et des pentes très accentuées.

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     Cette caractéristique a permis de construire un important réseau de canaux d’irrigation alimentés par gravité. Aussi, les pentes ne semblent pas constituer un obstacle pour l’agriculture intensive car même si elles ne permettent pas une mécanisation lourde, les machines sont en partie remplacées par une main d’œuvre abondante et bon marché.

P1120290 

     Les zones que j’ai survolées se trouvent au Nord-est d’Ovalle. Il s’agit de plaines alluvionnaires surélevées et de terrasses fluviales qui s’étendent le long du fleuve Limarí et de ses affluents comme le Rio Hurtado ci-dessous.

P1120198      Ces sols ont de bonnes aptitudes à la culture maraîchère. Leur potentiel est valorisé par l’irrigation permise par un ingénieux système.

 

Le Système Paloma

     Deux particularités caractérisent ce système de distribution de l’eau dans le bassin du Limarí. Il y a un aspect technique avec des barrages, des canaux, et un aspect social régissant le partage de la ressource hydrique : associations d’irrigants et rapports entre la terre cultivée et l’eau.

P1120231     En terme d’infrastructure, le Système Paloma est composé de trois barrages (La Paloma, Recoleta et Cogotí) étagés sur des cours d’eau différents qui ensemble permettent de stocker un milliard de mètres cubes d’eau ! Ils sont reliés entre eux par un réseau de plusieurs dizaines de kilomètres de canaux.

P1120460     Aperçu d’un canal qui serpente dans la vallée pour alimenter une vaste plantation d’avocatiers. Au centre, se trouvent les bâtiments d’exploitation et la maison du propriétaire apparemment fortuné puisque qu’au sol se trouve une marque destinée à l’atterrissage d’un hélicoptère ! Il faut zoomer ^^.

 

P1120197     Un autre canal qui, après son passage dans une vigne, devient sous-terrain (Cf. numéro 1 sur le schéma ci-dessous) en passant sous le lit du rio Grande. L’alignement des arbres transversalement au lit du rio permet de détecter ce canal sous-terrain.

schema-systeme-Paloma-copie-1.jpg 

     Le dispositif fut conçu dès les années 1930 et terminé en 1980. Son objectif est d’améliorer et sécuriser l’irrigation d’une superficie de plus de 56 000 hectares. Cet ingénieux système permet de :

·         coordonner le stockage de l’eau dans les trois barrages et sa distribution au moyen des canaux interconnectés

·         calculer chaque jour les quantités d’eau réellement disponibles en fonction des données climatiques et hydriques et des consommations des agriculteurs irrigants

 

DSC02437     J’ai pu rencontrer le responsable du barrage du lac « La Paloma ». L’édifice est impressionnant : des fondations de 50 mètres et un mur de 92 mètres permettent une capacité maximale de retenue de 780 millions de m3 d’eau. Ce volume fut atteint 10 ans auparavant, mais a diminué à cause de la sécheresse.

DSC02454     En ce moment, seulement 200 millions de m3 sont disponibles. Le débit à la sortie du barrage est de 1,5 m3/ seconde. Il y a dix ans, l’eau recouvrait la zone verte ci-dessus et s’enfonçait jusqu’au fond de la vallée. A l’heure actuelle, cette zone ne peut être exploitée légalement car elle est déclarée inondable.

     J’ai dû renoncer à survoler ce barrage à cause de conditions turbulentes. J’ai pu photographier le barrage du lac Recoleta qui alimente principalement les réseaux d’irrigation du Nord d’Ovalle. Il permet de stocker 100 millions de m3 d’eau.

P1120246Chose surprenante : il y a des habitations au pied du barrage.

P1120260     Le même endroit vu sous un autre angle. Au premier plan, on voit des habitations, quelques cultures et le cours d’eau asséché. Sur la pente de la montagne, se trouve le canal « Alimentador Recoleta » qui relie le lac de la Paloma à celui de Recoleta.

     Les enjeux de ce système sont multiples. Il ne s’agit pas seulement de transporter, de distribuer et de partager une ressource peu abondante, mais aussi de partager le droit de la prélever, de répartir les coûts et les risques (aspect social).

P1120257Le risque de sécheresse n’épargne pas non plus le lac Recoleta.  

     Comme l’objectif du Système Paloma était d’assurer la sécurité de l’irrigation pour la production agricole, il a intégré les droits d’accès à l’eau des agriculteurs. Comme je l’avais évoqué dans l’article « De l’eau et des couleurs », au Chili, la ressource hydrique est attribuée selon des droits en eau. L’unité de base du partage de l’eau s’appelle « action d’eau ». Celui qui veut irriguer doit disposer des actions d’eaunécessaires. La propriété de la terre (à irriguer) et la propriété des actions d’eau (pour l’irriguer) sont dissociées. Ceci a engendré deux marchés séparés : celui de la terre et celui de l’eau. Cependant, l’action d’irriguer reste forcément liée à l’action de cultiver.

P1120233

     Le Système Paloma est considéré comme une grande réussite de l’agriculture chilienne. Son fonctionnement est à la fois compliqué, efficace et fragile de par sa dépendance à la fonte des neiges. C’est une source majeure de la richesse du Limarí. Il remplit une fonction essentielle du développement rural : permettre l’extension des zones à haute productivité agricole et donc, de manière directe et indirecte, favoriser l’emploi dans tous les secteurs de l’économie du Limarí. Cependant, certaines zones ne sont pas desservies par le système : si l’exploitant dispose de moyens financiers suffisants pour pomper l’eau qui se trouve en aval de la parcelle, l’exploitation des terres est possible, comme le montre la photo ci-dessous.

P1120310     Par simple gravité, le canal Recoleta approvisionne les deux bassins. L’eau est ensuite pompée pour irriguer les cultures en amont. (Cf. numéro 2 sur le schéma du Système Paloma

 

La suite de l'article sera publiée très prochainement.



* Héctor REYES, janvier 2009 ; "La tierra se mueve : les transformations de la propriété agricole dans une zone aride, la province du Limarí", Université d'Orléans

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 02:33

L’agriculture n’est pas en reste

     A 10 km de Tongoy se trouve Tangue, un hameau de 250 habitants qui, établi dans la vallée d’une des quatre zones humides précédemment décrites, pratique l’agriculture grâce à l’eau qui devient de plus en plus douce à mesure qu’elle pénètre à l’intérieur des terres.

P1120048     Ce hameau est très dispersé et s’étend sur toute la longueur de la zone humide (Cf. Schéma Humedales). L’originalité de Tangue réside sûrement dans l’esprit visionnaire et communautaire de ses habitants. En effet, ils ont décidé de créer une coopérative agricole pour ne former qu’une seule et même propriété. P1120075     Les terres ci-dessus appartiennent à la coopérative (photo prise à 1 200 mètres d'altitude). A ceci s’ajoute un projet d’agro-tourisme pour diversifier l’activité agricole. Lors de mon passage à Tangue, un office de tourisme était d’ailleurs en construction. P1120052     On rencontre de nombreux troupeaux de moutons (en haut à gauche). Les débouchés sont la vente de viande, de lait, de cuir et de laine. DSC02199 Il y a aussi un élevage de chèvres produisant un fromage apprécié dans la région.

P1120055     Concernant la partie végétale, on y cultive de la luzerne pour le bétail, des patates, des oignons, de la salade et un peu de vigne. Le tout est destiné à l’autoconsommation, aucune production végétale n’est vendue à l’extérieur de Tangue. P1120056

 

Conclusion

     Dans un grand pays où la plupart des choses que j’ai vues jusqu’à présent semble démesurée, le village de Tongoy apparaît comme une exception. Tout est à échelle humaine. Qu’il s’agisse des activités de pêche ou agricoles, elles se font dans le respect de l’environnement et dans le respect de l’Homme. Cette qualité permet à Tongoy de s’ouvrir de manière durable au tourisme. Il est peut-être à craindre, comme ce fut le cas pour d’autres lieux devenus touristiques « malgré eux » que la cohabitation entre tourisme et pêche/agriculture évolue en défaveur de ces dernières.

Pour éviter la disparition des activités agricoles et de pêche, le village s’est lancé cette année dans la création d’un circuit d’intérêt patrimonial via un fond d’innovation gouvernementale. Cette initiative originale a pour objectif de faire découvrir aux touristes l’histoire, les activités et l’environnement du secteur de Tongoy dans le respect des sites naturels et dans l’intérêt de ses habitants.

DSC02161Vue panoramique de Tongoy depuis son sommet, là où passe le circuit d’intérêt patrimonial.

 P1120111

A bientôt !

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 01:52

Un pôle d’excellence en aquaculture marine

     Tongoy dispose d’un organisme unique en son genre au Chili : « Fundacion Chile ». Il s’agit d’un centre de développement et de transfert technologique appliqué à l’aquaculture marine. Il fédère des autorités locales, des associations de pêcheurs et une société « Ad hoc » résultant de la création du projet en 1982.

P1110006     Entièrement financé par l’état (1 million d’euros), ce programme vise à renforcer la qualité des poissons et des huîtres par amélioration génétique. Attention, il ne s’agit pas de modification directe de l’ADN par l’homme telle qu’on peut par exemple la rencontrer avec les plantes OGM, mais il s’agit d’un travail de croisement/sélection entre individus différents d’une même espèce. Ceci permet d’obtenir des produits qui présentent de bonnes performances de croissance, des propriétés gustatives et des qualités de conservation idéales. En fin de croissance, les poissons sont vendus à des éleveurs-pisciculteurs. On trouve la Corvina, la Carangue chilienne et la Sole (Solea Vulgaris).

DSC02288     Ces cuves sont des cultures de micro-algues pour l’élevage des huîtres japonaises (Crassostrea gigas), des moules et des pétoncles chiliens (Argopecten purpuratus). Ces derniers ressemblent aux coquilles St-Jacques.

Ce pôle de recherche emploie 6 personnes et dispose d’infrastructures impressionnantes. DSC02401     Il possède aussi un parc à huîtres pour des activités analogues à celles de l’amélioration des poissons. Il s’agit des lignes blanches ci-dessous. P1120133

 

Gisement de calcaire

     En survolant Tongoy, j’ai eu la surprise d’apercevoir un gisement de couleur blanche. Il s’agit d’une mine de calcaire exploitée par la société Yepito. P1120108     Ce calcaire est ensuite exporté vers Santiago pour l’élaboration de la chaux. Cette poudre blanche a de multiples utilisations. On s’en sert en agriculture pour remonter le pH des sols acides ; c’est le chaulage. En sidérurgie, elle permet d’éliminer certaines impuretés du métal en fusion. On utilise également la chaux dans le secteur des travaux publics pour la réalisation des chemins, dans le traitement des eaux usées et des fumées d’incinérateur. A part l'impact paysager, peu d'autres conséquences environnementales sont à mettre en avant. En effet, l'extraction de calcaire ne nécessite que très peu de produits et aucun de n'est dangereux pour l'environnement.

 

Un écosystème unique ! 

P1120017     On rencontre à Tongoy un écosystème très particulier : les « Humedales ». Il s’agit de quatre zones humides originales qui se distinguent par leur complexité, leur proximité de l’océan, leur salinité et la singularité de la vie qui s’y développe. L’estuaire de Tongoy, celui de Pachingo, la lagune Salinas Chica et Salinas Grande sont les quatre Humedales. Afin de décrire ces zones étonnantes, voici un essai de schéma de l’Humedal Pachingo.

shéma Humidales Tongoy     Il y a 2,5 millions d’années, la zone des Humedales était recouverte par l’océan. Il y a eu formation de nappes phréatiques d’eau salée. Puis, avec la rencontre des plaques tectoniques et le phénomène de subduction, le niveau terrestre s’est élevé, la Cordillères des Andes s’est formée et l’océan s’est retiré. Or, le sol de Tongoy est constitué d’aquifères. C’est une couche de terrain très poreuse qui lui permet de stocker de l’eau. Cette eau est saumâtre car elle résulte d’un mélange entre l’eau douce et l’eau salée de différentes nappes souterraines. P1120123

Ces zones humides ont des fonctions remarquables.

·         Une fonction biologique

          La biodiversité est impressionnante tant pour la faune que pour la flore. A ce titre, les quatre Humedales sont protégés par la Convention de Ramsar qui vise à assurer l’utilisation rationnelle et durable de ces zones humides et à garantir leur conservation. Alors que Tongoy s’établit dans un environnement semi-aride, les Humedales abritent de nombreuses espèces végétales ainsi que des animaux divers et variés. Les recensements les plus récents (2007) ont compté pas moins de 173 espèces, dont 15 endémiques, c'est-à-dire qui n'existent que dans cette zone à l'état naturel. On trouve 2 espèces d’amphibiens, 10 de reptiles (toutes endémiques), 145 d’oiseaux et 16 espèces de mammifères. Quatre espèces sont en voie de disparition et 11 en état de vulnérabilité. DSC02184     Ces Humedales sont des lieux d’abri, d’alimentation, de reproduction et d’étape migratoire pour beaucoup d’espèces d’oiseaux. C’est en été (janvier-février) qu’on en rencontre le plus. Il est possible d’observer, entre autres :

Le Pluvier argenté (1) (Pluvialis squatarola), la Bécasse (2) (Scolopax rochussenii), différentes espèces de mouettes (3) (Chroicocephalus), le Cormoran Yeco (4) (Phalacrocorax brasilianus), le Courlis cendré (5) (Numenius arquata), le Bec-en-ciseaux noir (6) (Rynchops niger), la Buse de Harris (7) (Parabuteo unicinctus), le Faucon crécerelle (8) (Falco tinnunculus), le Chimango (9) (Milvago chimango), le Chevalier à pattes jaunes (10) (Tringa flavipes), le Héron (11) (Ardea) et trois espèces de canards : Jergón Grande (12), Colorado et Real.

Les oiseaux des HumedalesLes Humedales de Tongoy sont d’ailleurs concernés par des recherches scientifiques ornithologiques.

 P1120026     La végétation est composée d’une surprenante flore halophile (adaptée aux milieux salés) comme par exemple la Gramma salada (1) (Distichilis spicata) et la Salicorne en buisson (2) (Sarcocornia fructicosa). Il existe aussi la Pata de Guanaco (3) (Calandrinia longiscapa), la Malvilla (4) (Cristaria molinae), la Hierba del salitre (5) (Frankenia chilensis), la Guaicurú (6) (Limonium Guaicuru), une plante spécifique de la région, en danger d'extinction.

La végétation des Humedales

     Dans un écosystème, il est possible de regrouper les organismes selon des « niveaux trophiques » correspondant à la spécificité du métabolisme de l’espèce et donc au rôle de l’une par rapport à l’autre. Toute cette vie est organisée selon une chaine trophique, similaire à une chaîne alimentaire.

La chaîne alimentaire

• Les producteurs primaires

  Ce sont les végétaux. Ils constituent le premier niveau trophique de l’écosystème. En effet, en captant l’énergie lumineuse du soleil et grâce à la photosynthèse, ils élaborent la matière organique à partir de matières minérales fournies par le milieu extérieur.


• Les consommateurs

  Ils créent leur matière organique en transformant celle qu’ils prélèvent sur d’autres êtres vivants. Ils sont donc aussi producteurs (producteurs secondaires). Les consommateurs occupent un niveau trophique différent en fonction de leur régime alimentaire. On distingue deux niveaux :

- les consommateurs primaires : ils sont phytophages. C'est-à-dire qu’ils se nourrissent de végétaux.

- les consommateurs secondaires : ils sont prédateurs des consommateurs primaires.


• Les décomposeurs

  Ils consomment la matière organique inerte comme des cadavres et des débris de végétaux. On les appelle donc « saprophages » (de sapros = pourri et phageïne = manger). Ce sont essentiellement des micro-organismes, des champignons et des bactéries. Ils accélèrent le processus de minéralisation de la matière organique. Enfin, cette matière minérale sera de nouveau consommée par les producteurs primaires de début de cycle.

 

·         Une fonction culturelle

         La municipalité de Tongoy a décidé d’utiliser intelligemment ces zones humides. Elle met gratuitement à disposition des visiteurs un sentier pédagogique balisé, parcourant les Humedales. Ainsi, le public peut découvrir ces sites d’une grande qualité paysagère sans risquer de les détériorer. P1110021

 

 

·         Une fonction économique

       Ce point sera détaillé ci-dessous, mais on peut déjà constater qu’en terme d’attractivité touristique, les zones humides confèrent à Tongoy une curiosité peu banale. Aussi, de cet écosystème original dépendent des activités agricoles de maraîchage et d’élevage. P1120144Vue sur trois des quatre Humedales de Tongoy 

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 00:12

 

Hola hola !

     J’ai posé bagages dans un lieu de transition entre le nord désertique et la partie centrale du Chili. Je suis plus précisément à Tongoy, un village de pêcheurs, mais pas seulement…

P1120129

 

Nouvelle image


     Lors de mon arrivée, j’ai été accueilli à bras ouverts par David Bitran, un paramotoriste qui a entendu parler du projet sur un forum chilien de parapente. Il ne m’a pas laissé le choix : depuis une semaine, j’ai la chance de vivre au rythme d’une famille chilienne. Ici, je découvre un autre mode de vie de celui de la famille qui m’avait accueilli à Calama. C’est une fois de plus très intéressant. Les longues discussions du soir, plus enrichissantes les unes que les autres me permettent aussi d’améliorer le phrasé espagnol. David m’a expliqué et fait découvrir beaucoup de choses sur la région. Un grand merci à lui et à toute la famille pour ces moments partagés !

DSC02615

     Comme sa maison n’est pas très grande et qu’ils sont huit personnes à y vivre, un de ses amis m’a proposé de passer les nuits chez lui ; merci Pablo !

DSC02245

     Il y a tellement de choses à voir sur la presqu’île de Tongoy, qu’il faudrait y passer un mois pour en étudier plus précisément l’environnement, au sens large du terme (les gens, leurs activités, la nature). Je vais donc vous présenter une sélection des nombreuses choses que laisse apparaître ce village côtier de 4 400 habitants.

P1120148

Un passé tourné vers le cuivre

     La situation géographique unique de Tongoy a fait d’elle un terminal pour l’exportation du cuivre. A partir de 1852, une fonderie du précieux métal installée sur la pointe pacifique de « l’île » réceptionnait le minerai de la mine de Tamaya, en extrayait le cuivre, le fondait puis l’exportait directement via son port aujourd’hui démoli. Il n’en reste qu’un seul vestige : la « Playa Negra ». Comme son nom l’indique, elle est constituée des restes des processus d’extraction et de fusion du cuivre, donnant aux cailloux un aspect noir et magmatique. Lorsque que la mine, génératrice d’emplois à Tongoy cessa son activité à la fin des années 1960, le village sut rebondir.

P1120140

 

La pêche côtière puis l’aquaculture marine

P1110013     Une fois de plus, c’est la fabuleuse situation géographique de la presqu’île qui a favorisé sa reconversion. La pêche côtière est devenue la principale activité de la localité pour plusieurs raisons : des terres avançant dans l’océan, un dessin des côtes permettant d’abriter judicieusement un port, la grande ville de La Serena se trouvant à 56 km plus au Nord et la Panaméricaine passant à 10 km (route internationale qui, au Chili, s’étend sur 3 000 km d’Arica au Nord, jusqu’à Quellon au Sud). Actuellement, il y a un peu plus de 200 pêcheurs qui remontent dans leurs filets des poissons tels que le Chinchard Thomson (1) (Trachurus murphii), le Merlu (2) (Merluccius productus), la Corvina (3) (Cilus gilberti) et la Carangue chilienne (4) (Pseudocaranx chilensis).

Les poissons de Tongoy

     L’aquaculture s’est aussi développée avec l’élevage d’huître (ostréiculture) et de moule (mytiliculture). Tongoy a su se diversifier et se faire reconnaître sur le plan mondial avec l’exportation d’un produit d’exception : la coquille St-Jacques. Et je peux vous dire qu’elle est effectivement très bonne… Il est important de souligner que toutes ces productions marines se font à petite échelle et n’ont rien à voir avec des structures industrielles.

     Selon Pablo Avalos Gonzalez, ingénieur en aquaculture à Tongoy, il n’y a pas de problèmes liés à la surexploitation des ressources aquatiques, ni à la pollution. Celle-ci pourraient par exemple provenir d’un excès d’alimentation qui se dépose ensuite sur les fonds marins ou d’une concentration trop élevée de poissons d’élevage dont les excréments deviennent une source de pollution.

 

Un exemple de pisciculture marine

     Je l’avais repérée depuis le ciel et j’ai eu la chance de la voir de plus près. Il s’agit d’une petite ferme d’élevage de Corvinas.  

Corvina (2)


P1110030     Ce cercle flottant sustentant des filets jusqu’à 13 mètres de fond mesure 18 mètres de diamètre. Il y a actuellement 5 000 poissons mais il peut en contenir le double à raison de 10 kg de poissons / m3. Le propriétaire les nourrit deux fois par jour avec des granulés à base de lipides et de farine de poisson.

DSC02299     En milieu de croissance, il faut environ 1,8 kg de nourriture pour donner 1 kg de poisson. Après une période d’alevinage de 8 mois dans des bassins sur terre, les poissons sont introduits dans cet élevage en pleine mer. Ils pèsent alors 150 grammes et mesurent 25 cm. Ils vont y rester 15 mois jusqu’à atteindre 2 kg, poids à partir duquel ils sont tués, vidés, nettoyés puis vendus. Les exportations de poissons mais aussi d’huîtres, de moules et de coquilles St Jacques se font d’abord vers les Etats-Unis, vers l’Europe puis vers l’Asie. Le kilogramme de ce poisson d’élevage se négocie à 3 000 pesos, soit 2 €.

DSC02330     Pour éviter l’obstruction des filets et conserver de bonnes conditions sanitaires, le propriétaire plonge une fois par mois pour en effectuer un nettoyage et enlever les poissons morts. Il m’a d’ailleurs dit avec fierté que l’année passée, sur 5 000 poissons, seulement 4 n’ont pas survécu, ce qui est inférieur à 0,1% de perte ! Il se préoccupe aussi de la pollution du fond marin en l’inspectant régulièrement à l’aide de cette caméra subaquatique reliée au bateau afin de contrôler l’absence de dépôt de granulés. S’il y en a, il diminue l’apport alimentaire.

DSC00005

Voici les images sous-marines de cet élevage que permet d’obtenir la caméra.

Vue sous marine d'un élevage de Corvinas à Tongoy
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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 15:05

 

P1090127

 

Bonjour à toutes et à tous !

     A 15 kilomètres de San Pedro se trouve un lieu mystérieux aux paysages lunaires. Le décollage à été difficile. Il n’y avait pas de vent pour gonfler le voile de parapente et de grosses pierres jonchaient le sol. J’ai dû m’y reprendre à cinq reprises avant d’aller survoler cette surprenante vallée de la Lune…mais quel plaisir pour les yeux !

P1090101     Ce lieu appartient à la cordillère de sel, érigée entre -18 000 et -22 000 ans (selon les sources) par les mêmes forces de compression à l’origine du Salar.

P1090095Ces formes si particulières ont été sculptées par le vent, mais surtout par l’eau.

P1090221On remarque différentes strates (couches géologiques).

P1090069Les sillons dessinés par l’écoulement d’eau…

P1090134     L’aspect blanc à certains endroits de la vallée est également dû à l’eau. Lors d’épisodes pluvieux (il y en a peu), l’eau se charge en sels dans les profondeurs. Par capillarité et évaporation, les cristaux affleurent à  la surface, donnant alors cet aspect blanchi. On dit que le sel est à l’état d’évaporite. Sur cette même photo, on remarque que l’érosion laisse apparaître un joli pli (« virage à 180° »).

Le sable de la Grande Dune provient du sable marin qui a subi des forces de compression insuffisantes s’agréger en roche.P1090173

 

A proximité de la vallée de la Lune, se trouve la vallée de la Mort, que je n’ai pu m’empêcher de survoler :

P1090027Les formations géologiques sont très escarpées et serrées les unes contre les autres.

P1090031P1090039    

     L’étape à San Pedro fut l’occasion de présenter et de partager le projet Aéro-Chili avec des habitants et des touristes lors d’une conférence organisée dans une auberge culturelle (à dominante française), la Rose d’Atacama.

DSC01669DSC01681

     Ce fut une expérience très intéressante et un bon entraînement pour le partage d’expérience prévu après le retour en France.

Hasta luego!

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